Suppressions en Maternelle

On devait s'y attendre, c'est fait : la Maternelle va faire les frais d'une nouvelle saignée dans les effectifs d'enseignants. Les 2 ans, simple variable d'ajustement comptable ?

 

| MATERNELLE |


     Sur les 252 suppressions de postes d'enseignants du primaire pour la rentrée prochaine, la majorité concernera la scolarisation des enfants de deux ans, a dévoilé la rectrice. Les syndicats le dénoncent. Reportage dans une classe pour voir ce qu'on enseigne aux enfants de deux ans. 
     Un tabou est levé. Il y a deux ans, face à l'inquiétude qui s'exprimait déjà chez les syndicats devant l'effritement du taux de scolarisation des enfants de deux ans, Jean-Pierre Polvent, inspecteur d'académie du Nord, avait répondu : « Il n'y a pas de volonté de diminuer leur scolarisation. »
     La nouvelle rectrice, Marie-Jeanne Philippe, assume désormais cette politique et joint la parole aux actes. La majorité des suppressions de postes dans le primaire concerneront la scolarisation des enfants de deux ans. Au motif que, selon elle, celle-ci n'a pas prouvé son utilité chez les enfants issus des milieux favorisés. En revanche, elle le serait pour leurs petits camarades des milieux défavorisés. D'où sa volonté de ne pas supprimer de postes en zone d'éducation prioritaire.
     Les syndicats dénoncent cette vision des choses. « Il y a qu'il faut supprimer 865 postes, on tape là où on pense que ça fait le moins mal et on trouve des excuses pour le justifier », s'agace Rudi Cardot, secrétaire fédéral Nord de l'UNSA. 
     Pierre Laumenerch, du syndicat SNUIPP-FSU, rebondit : « L'école, c'est l'école de la vie. Peut-être que du point de vue du langage, dans les milieux plus favorisés, les enfants ont moins de besoins. Mais il y a aussi toute la socialisation. La vie de groupe, le partage. Et dans certains milieux, ce n'est peut-être parfois pas inutile de commencer tôt son apprentissage... » Avant de s'inquiéter : « On nous dit qu'on ne touchera pas aux zones d'enseignement prioritaire (ZEP). Mais cet enseignement va être réformé et donc moins d'écoles vont être préservées de ces suppressions. À la limite pour les 79 écoles maternelles du Nord en réseau ambition réussite (RAR), il y a moins d'inquiétude. Mais les 134 en réseau de réussite scolaire (RRS), la rectrice ne les retiendra pas. » Faux, les zones d'éducation prioritaire au sens large sont concernées, dément la rectrice (lire ci-contre).
     Rudi Cardot revient sur un autre aspect : « Ce que l'on peut reprocher à l'école à deux ans, c'est qu'elle n'ait pas toujours les moyens.
     Et, laïcard assumé, de trancher : « Si l'école publique ne scolarise plus, les parents iront dans le privé. » Sur ce point, ce n'est pas sûr : le taux de scolarisation des deux ans ne dépasse pas les 10 % dans l'enseignement catholique qui, de toute façon, sera lui aussi sacrément touché par les suppressions de postes (300 à la rentrée 2011, réparties sur 590 établissements.) Nous nous sommes rendus dans une école maternelle à Mons-en-Baroeul, dans la métropole lilloise. Une école RAR. L'inspection académique n'acceptant pas que nous nous rendions dans une école dite classique. Nous expliquant que cela n'illustrerait pas la position de la rectrice.


« Je vois la différence » 
     Anne-Marie, l'institutrice des deux ans, est d'une douceur maternelle. « Je donne le temps au temps. » Elle ne précipite pas Ayoub, Milo, Sanah ou Adam. Le petit Milo vient d'ailleurs d'arriver, alors il a le droit de courir. Le temps de prendre ses marques. Une journée classique ? Du sport, des arts plastiques. Un tas de jeux éducatifs que les enfants n'ont pas chez eux. Et les élèves parlent, chantent, et vivent ensemble.
     Au contact des trois ans. « Je vois la différence quand un enfant n'est pas venu à l'école dès ses deux ans. » Tandis que Farida Belkasmi, déléguée UNSA et directrice d'une autre école, explique : "Je n'aime pas cette distinction. Certains de milieux dits favorisés ont parfois des difficultés plus grandes. En plus, à l'école, on travaille avec des structures qui permettent de détecter des problèmes de langage ou auditifs qu'il est important de déceler le plus tôt possible"

 

 

La Voix du Nord 04/02/2011