Institutrice en maternelle depuis onze ans en région parisienne, France Doppia décrit dans
« Le principal problème vient des parents. En maternelle, ils ont le droit de rentrer dans l’école. On les retrouve quatre fois par jour devant la porte de la classe, ou à discuter dans la cour de récréation jusqu’à 8 h 30.
Ils sont très intrusifs. La plupart veulent m’apprendre à faire mon métier, alors qu’ils ne connaissent pas grand-chose à la pédagogie.
Et si on ne fait pas ce qu’ils demandent, des crêpes pour la Chandeleur par exemple, ils vont se plaindre à la directrice ou à l’inspecteur. J’ai été menacée verbalement et physiquement de nombreuses fois. »
Pourquoi cette attitude ?
« La plupart des parents me prennent pour une nounou : je dois apprendre à leurs enfants tout ce qu’ils ne font pas. Et en même temps, les mères sont très souvent jalouses de l’influence que l’on peut avoir sur les enfants.
La maternelle est devenue une véritable garderie. Les parents amènent les enfants alors qu’ils sont fiévreux, et râlent quand on leur demande de venir les rechercher. »
Mais vous vous soutenez entre collègues, non ?
« Pas vraiment. Comme dans beaucoup d’endroits, c’est la loi du silence. La plupart a peur de représailles et ne veulent pas faire de vagues. Il y a beaucoup de lâcheté. Pourtant, un enseignant ne risque pas grand-chose, à moins de commettre une faute grave.
Les directrices espèrent faire carrière donc elles se font discrètes par rapport à l’inspection départementale, qui elle-même ne veut pas déplaire à l’inspection académique… Une fois, un enfant de ma classe avait de gros problèmes de comportement, il était dangereux pour lui-même et pour les autres. J’ai dû finalement faire un signalement au procureur de la République, la hiérarchie n’ayant pas pris de dispositions suffisantes.
Le rectorat ne veut pas déplaire au ministère. Et les syndicats, qui font partie de l’institution, sont dans la même logique. »
Que faudrait-il faire ?
« Tout d’abord, interdire aux parents de rentrer dans l’école, comme cela se fait au collège et au lycée.
Ensuite, supprimer cette circulaire ministérielle qui reconnaît les parents comme « membres à part entière » de la communauté éducative : c’est de la démagogie, qui alimente la confusion entre l’enfant, qui est avec ses parents, et l’élève, qui est celui qui va en classe... Les enfants eux-mêmes ne s’y retrouvent plus. »
Recueillis par ÉMILE JOSSELIN
La Voix du Nord - 06/09/2006